Publié le mercredi 7 mars 2007, par areuareu
Cet article est le résumé, fort subjectif, d’une longue discussion en cours sur le forum anglophone
On a vu reprendre ces derniers temps sur le site anglophone une discussion initiée il y a près de deux ans. Cette discussion porte sur l’absence d’une branche stable de la distribution Gentoo.
La distribution Debian comporte, on le sait, trois branches : stable, testing et unstable. La branche stable est totalement remise à jour à intervalles irréguliers et ne reçoit que des mises à jour de sécurité entre-temps.
La branche testing est la future branche stable, et la branche unstable est le bac à sable de l’ensemble. A chacun de choisir selon ses besoins et ses désirs la branche adéquate. Inutile de dire que la gestion de ces branches réclame une main d’oeuvre compétente et nombreuse.
La distribution Gentoo ne comporte pas de branches. La stabilité est déterminée au niveau du paquetage et de l’architecture par les mots-clés. amd64 représente grosso-modo la branche testing de Debian, amd64 la branche unstable.
Après ce préambule, destiné aux non-utilisateurs de Gentoo, venons-en à la discussion. Cette discussion, interminable, souvent âpre, mêlée de longues digressions complètement hors-sujet, a sans doute besoin d’etre résumée car, si importante qu’elle soit, elle contient beaucoup de bruit. Elle est d’autant plus intéressante qu’en fait, à l’exception de quelques interventions peu amènes, tout le monde a raison.
Prenons d’abord les arguments de ceux qui réclament une branche stable :
Maintenant les arguments de leurs contradicteurs :
Le fait qu’une branche stable soit coûteuse ne se discute pas. Il faut en effet assurer les rétroportages, l’entretien de l’arbre, la resynchronisation à la fin de l’intervalle défini, le test de qualité. Gentoo doit utiliser au mieux des ressources finies. La question est de savoir si ces ressources seraient plus importantes s’il existait une branche stable. On n’a pas là dessus le plus petit élément de preuve. Est-ce réalisable ? techniquement, c’est probable, puisque Debian le fait, et qu’un des intervenants a dit qu’un test allait être fait prochainement. Pratiquement, c’est une autre histoire.
Sur le point 2, je pense qu’il faut etre plus circonspect. Gentoo est parfaitement stable après mise à jour de la ’chaine de montage’ et recompilation de tout le système, avec reprise manuelle de tout ce qui a été oublié par portage. En dehors de ce cas très précis, et à condition de faire un revdep-rebuild à tout hasard après chaque mise à jour, la distribution est stable. De là à la mettre sur un système de production, peu d’administrateurs s’y risquent. Le feraient-ils s’il existait une branche stable, compte tenu du temps de compilation ? Ne chercheraient-ils pas plutôt à se couvrir en adoptant une distribution qui, telle Red-Hat, fournit le service (et le parapluie) en même temps que le système ?
Le point 3 me met mal à l’aise. Le slogan ressemble trop à ce que l’on voit sur certaines affiches d’un certain parti dont la tolérance n’est pas la vertu cardinale. N’ayant jamais participé de quelque manière que ce soit, je sais parfaitement que je n’ai aucun droit à exiger, demander, récriminer, juger ou même supplier. Cette attitude m’a pourtant semblé quelque peu contre-productive. Si la discussion était sans objet, elle ne reviendrait pas sur le tapis, et pas avec des interventions de cette qualité.
Le point 4 n’est contesté par personne. L’idée de prendre un ou deux paquetages dans un arbre réduit pour tester la faisabilité (et la popularité) de la solution et limiter l’investissement de départ est bonne. En choisissant un logiciel soumis a de nombreuses mises à jour tant fonctionnelles que de sécurité, on a un bon terrain d’exercice.
Le point 5 mérite réflexion. En effet, si on prend l’exemple de Debian Woody, qui a presque atteint les quatre ans d’age avant d’être remplacée par Sarge, le socle ancien était tellement dépassé sur le plan fonctionnel que sa stabilité n’était pas plus garantie que celle de la branche testing et que les bugs y étaient au moins aussi nombreux. Le rétroportage, forcément assuré par Gentoo, sera-t-il plus solide que la version délivrée par les auteurs du logiciel ?
Si je m’en tiens à ma courte expérience personnelle (j’ai installé Gentoo 1.4 en 32 bits sur une machine, Gentoo 2004.3 en 32 et 64 bits ensuite, et porté les paquetages sur deux autres machines lentes, puis mis à jour le tout depuis), toutes les transitions accompagnées d’une documentation complète se sont bien passées : changements de compilateur, kde modulaire, xorg modulaire. Il n’y a d’ailleurs eu dans la discussion aucune récrimination sur ces trois transitions majeures. Celles-ci portaient sur des ’accidents de parcours’ imprévus et non documentés. Je serais donc tenté de dire qu’il s’agit autant d’un problème de politique de communication que d’un problème technique.